Quelques semaines étaient passées depuis la dernière visite des Volturi et le calme était revenu à la villa blanche des Cullen, la villa de ma famille.

Je m’étais rendue compte à quel point cette famille, la mienne, m’était précieuse qu’au moment où j’avais failli la perdre. Et pourtant, nous étions tous là, réunis dans le grand salon, retrouvant enfin une vie « normale ». Tous les amis venus nous soutenir étaient repartis chez eux et la vie avait repris son cours.

Je regardais Carlisle et Esmé, jouant, riant avec Renesmée, Rosalie et Emmett, enlacés, observaient l’enfant ; Alice, assise sur les genoux de Jasper souriait en regardant sa nièce, toute de rose habillée - par ses soins évidemment - et enfin, Edward, mon mari.

Je lui souris, pris sa main tiède, la serrai dans la mienne et reportai de nouveau mon attention sur ma fille et ses… grands-parents, toujours aussi émerveillés devant elle.

Elle grandissait si vite que bientôt elle ressemblerait à une enfant de trois ans et pourtant, il y a peu de temps, elle était encore dans mon ventre ; de plus, elle était déjà liée à un homme, mon bébé, mon amour d’enfant était l’objet de l’imprégnation de Jacob. Quand j’y pensais cela me faisait bizarre, tout en sachant que je ne pouvais lutter contre le destin de ma fille.

« La pauvre petite est épuisée ». La voix douce d’Esmé me tira de mes pensées et j’observai la fillette aux boucles bronze endormie dans ses bras.

« Rentrons chez nous, me chuchota mon mari.

- Oui. » Répondis-je en me levant. Edward prit sa fille dans ses bras avec tant de douceur, qu’elle ne se réveilla pas. Après avoir dit au revoir, nous prîmes la direction de notre cottage, havre de paix et d’amour de notre famille, notre cocon à tous les trois.

Une fois là-bas, Edward mit Renesmée dans son lit. A son côté je les observais, mon mari était en adoration devant notre fille, il avait mis du temps à l’accepter, mais dès l’instant où il avait perçu ses pensées, tout avait changé et désormais il était un père aimant, tendre et protecteur avec elle. Mon regard se porta ensuite sur Renesmée, sa petite bouche en cœur, ses poings serrés, elle souriait dans son sommeil, heureuse, paisible. Mais le souvenir que dans quelques années elle ne serait plus mienne, me serra le cœur.

« A quoi penses-tu ? Souffla la voix veloutée de mon époux.

- A Renesmée, à Jacob, à l’imprégnation… et à Nahuel…

- A Nahuel ?

- Oui… Je n’ai pas voulu t’en parler avant que nous soyons seuls. Alice a vu qu’il allait nous rendre visite.

- Pourquoi ne m’a-t-elle rien dit ? Je n’ai rien lu de tel dans son esprit.

- Elle me l’a écrit, ne voulant pas encore en parler aux autres… Et à ce moment là, Renesmée réclamait toute ton attention, pour te raconter un souvenir de sa journée avec ta mère et ta sœur.

- Alice t’a-t-elle dit autre chose ?

- Rien de plus, à part le fait qu’il veuille la voir, répondis-je tendue, soucieuse.

- Ne t’inquiète pas mon amour. »

Il m’enlaça tendrement, je pressai mon visage contre son torse, il releva mon menton de sa main et m’embrassa, il me souleva de terre et nous conduisit à notre chambre, où je ne pensai plus à rien de toute la nuit.

Le lendemain, nous nous rendîmes à la villa, afin de trouver le reste de la famille, Jacob ne tarderait pas à venir nous voir, du moins venir voir Renesmée et en fin de journée, mon père nous rendrait visite.

Nous étions avec Alice, Edward et Carlisle dans son bureau, discutant de la vision qu’avait eu ma belle-sœur la veille, quand une odeur me chatouilla les narines. Jacob venait d’entrer dans la villa, je pouvais entendre sa respiration, percevoir les battements de son cœur, me parvint aussi le rire cristallin de ma fille quand celui-ci la fit sauter dans ses bras.

« Jacob sent qu’il y a quelque chose « d’anormal », dit Edward qui lisait dans ses pensées, Rosalie lui a dit que nous étions ici. Il monte, avec Renesmée.

- Que fait-on ? Dis-je inquiète

- Je crois qu’il faut qu’il le sache, répondit Carlisle à voix basse, ce qui était inutile, vu que Jacob l’entendrait forcément.

- Que je sache quoi ? »

Je lançai un regard soucieux à mon mari, cherchant dans ses yeux une quelconque réponse à ma question, l’angoisse oppressante que je n’avais pas ressentie depuis quelques semaines était de nouveau présente.

« Jacob, laisse Renesmée à Alice et allons discuter dehors » dit il sur un ton qui ne laissait pas le choix à mon meilleur ami. Carlisle hocha brièvement la tête, signe d’approbation envers son fils, Alice prit la petite dans ses bras, qui posa doucement sa main sur la joue de ma belle-sœur, lui transmettant certainement ses interrogations. Je souris à ma fille, puis nous sortîmes de la maison, j’étais incapable de parler, redoutant trop la réaction de Jacob :

« Tu vas enfin me dire ce qui se passe ?

- Alice a vu que Nahuel allait nous rendre visite.

- Pourquoi ? ». Voilà la question que je craignais tant.

« Il veut voir Renesmée, il a l’intention d’en faire sa… compagne ». A ces mots, mon cœur de mère se serra - Alice m’avait raconté ce qu’elle avait vu, les intentions de Nahuel étaient parfaitement claires - la voix d’Edward trahissait sa peur, sa douleur ; la réaction de Jacob fut violente.

« C’est impossible ! Tu as l’intention de l’en empêcher j’espère ?! Il est hors de question que ce buveur de sang vienne ici ! »

Jacob était tellement emporté par la colère qu’il avait dit « buveur de sang », sachant parfaitement que Renesmée l’était en partie…

- Tu te rends compte que tu viens de traiter ma fille de buveur de sang ? Dis-je doucement.

- Bien sûr que non ! Il semblait offensé par ma remarque.

- Et pourtant, d’une manière indirecte tu l’as fait. Certes ma fille est à demi vampire, mais je t’interdis de dire qu’elle est un buveur de sang, qui plus est avec ce ton dédaigneux ! Puisque tu tiens tant à elle, ais du respect pour ce qu’elle est !! Lança Edward.

- Mais je la respecte ! Et je tiens à elle plus que toi !

- Comment oses-tu dire ça ?! Elle est ma fille ! Et je l’aime plus que tout ! N’oublie jamais ça !

- Pourtant, quand Bella était enceinte, tu as voulu la tuer ! ».

A son regard, je vis que cette remarque avait énormément blessé mon mari.

« Il n’est pas le seul à l’avoir voulu ! Le défendis-je.

- Tu sais très bien qu’à partir du moment où j’ai entendu ses pensées, tout a changé, elle est devenue mon enfant à part entière et jamais tu ne m’enlèveras ça !

- Tu veux donc qu’il la rencontre ! Jacob détourna la conversation, car il savait que sur ce point Edward avait raison.

- Puisqu’il le souhaite…

- Je refuse ! Elle est à moi ! Je ne laisserai personne l’approcher ! Je ne le laisserai pas approcher !

- Elle est ma fille, notre fille à Bella et à moi ! Je pense donc avoir le droit de décider qui peut la voir ou non ! Répliqua Edward, tout en essayant de contenir sa colère.

- Oui, mais elle m’est destinée ! Et tu n’y changeras rien ! Tu n’as jamais supporté l’idée qu’à une époque Bella ait pu me voir autrement que comme un ami ! Et aujourd’hui tu ne supportes pas plus l’idée que ta fille puisse m’appartenir !

- Elle ne t’appartient pas encore Jacob Black ! » Siffla mon mari. Je me sentais si impuissante face à cette joute verbale, et moi ? Ce que j’en pensais, tout le monde s’en fichait ? Tout deux s’affrontaient du regard.

« D’une certaine façon si. Elle est à moi ! Nous sommes liés ! C’est comme toi et Bella !

- Justement. Elle a eu le choix, je veux que ma fille l’ait aussi !

- Tu veux dire que tu… laisserais ce type approcher Nessie ?

- Oui, tout en restant près d’elle. Comme toi, comme ma femme, je ne souhaite que le meilleur pour mon enfant.

- Mais…

- Nous allons faire un compromis Jacob.

- Il en est hors de question !

- Nous n’avons pas le choix, si tu veux la protéger de lui…

- Je croyais que tu voulais qu’elle ait la possibilité de choisir.

- Bien entendu. Voilà ce que je pensais faire si tu es d’accord.

- Je n’ai jamais dit que j’étais prêt à accepter un compromis, je n’ai pas l’intention de le laisser faire, ni toi d’ailleurs.

- Comment ça ?

- J’ai l’intention de me battre avec lui, répliqua Jacob.

- C’est une mauvaise idée, je pense qu’au contraire il faut que tu te montres plus subtil, plus malin que lui.

- Garde tes conseils et laisse-moi faire !

- Non ! Lâcha Edward. Écoute-moi Jacob. Si tu ne veux pas le faire pour moi, fais le pour elle, pour Nessie. »

Je savais qu’en invoquant le surnom que Jacob avait donné à ma fille, celui-ci serait prêt à l’écouter. Jacob hocha la tête, en signe d’assentiment.

« Je pense qu’il ne faut pas se montrer « hostile » envers Nahuel, il me semble que le mettre face à l’évidence suffira. Il se rendra compte par lui-même que Renesmée est déjà attachée à toi - ces mots arrachèrent une grimace à mon mari - et qu’il ne peut rien contre sa destinée et le lien qui vous unit. »

Jacob l’avait laissé parler, et l’expression butée de son visage s’était modifiée peu à peu, convaincu par les paroles d’Edward.

- Tu penses que ça suffira à le convaincre, je n’en suis pas sûr.

- Je ne suis sûr de rien, mais de toute façon je ne vois pas d’autre solution…

- Si, nous battre.

- Je suis contre cette idée ! A nous de trouver les arguments pour lui faire comprendre la situation ; sinon il nous reste la possibilité que Renesmée lui « montre », ce lien si particulier qu’il y a entre vous deux.

- Je refuse que Nessie touche ce type !

- Mais si c’est la seule solution pour qu’il comprenne Jacob. N’es-tu pas prêt à essayer ? »

Mon meilleur ami réfléchit un instant, deux options s’offraient à lui, accepter qu’elle touche Nahuel et ainsi prouver leur attachement quasi indestructible, ou désapprouver et risquer de la perdre.

Edward tendit la main à Jacob, qui la serra. Ils avaient pris la décision de se battre, non pas l’un contre l’autre, mais côte à côte, pour Renesmée. Comme lors de ma grossesse, ils étaient prêts à s’allier pour protéger une personne qu’ils aimaient tout deux.

              Deux jours étaient passés depuis qu’Edward et Jacob avaient pris la décision de laisser venir Nahuel et de voir ce qu’il comptait faire. Nous n’avions encore rien dit à notre famille, ni à notre fille. Ayant besoin de temps pour y réfléchir et souhaitant prendre la meilleure décision pour notre enfant. Renesmée avait bien perçu la tension qui régnait depuis quelques jours autour d’elle. De ce fait, nous ne pouvions plus reculer et nous devions annoncer l’accord auquel mon mari et Jacob étaient parvenus. Et il fallait aussi expliquer à la petite ce qui allait se passer, en peu de temps elle aurait vécu tant d’épreuves, mais je savais au fond de moi, que la plus difficile de toutes était passée et que les Volturi laisseraient notre famille en paix à présent. Du moins, je l’espérais.

Le soleil n’était pas encore levé, une minuscule lueur dorée perçait difficilement à travers l’épaisse couche de nuages, qui se reflétaient dans l’océan miniature qui jouxtait notre chambre. J’étais dans les bras d’Edward allongés dans notre lit, mon visage niché dans son cou, sa main caressant mon bras, attendant le réveil de Renesmée.

-« Je pense qu’il faut qu’on lui explique, elle sent qu’il se passe quelque chose de bizarre.

-Je sais. » Soufflai je, me blottissant encore plus dans les bras de mon mari, cherchant dans sa tendresse, un moyen d’oublier mon angoisse. Il me serra contre lui.

-« Ne te fais pas de soucis mon amour. Nous allons tout lui expliquer. Notre fille est forte. Tout comme sa maman.

Je relevais la tête et plongeais mon regard dans le sien.

-Je sais qu’elle est forte… Mais elle est si… petite. »

Il noua ses doigts à mes cheveux, approcha mon visage du sien, m’embrassait tendrement. Il voulait me rassurer, son amour, sa présence étaient un réel réconfort et je savais qu’il avait raison. Renesmée était forte malgré son jeune âge. Et elle était entourée d’une famille qui saurait la protéger, comme elle l’avait déjà fait précédemment.

-« Tu as raison. Tout ira bien.

-Oui. Et Jacob sera là aussi. Je le vis plisser le nez à cette idée.

-Oui. » Je soupirai. Désormais, il m’était totalement impossible de nier que ma fille et lui étaient liés.

Soudain, j’entendis ma fille fredonner la chanson qu’Edward avait écrit pour elle. Renesmée avait pris l’habitude de se réveiller en la fredonnant, sa manière à elle de nous dire bonjour, de nous dire  « maman, papa, je suis réveillée. ». Avec Edward, nous échangeâmes un regard, heureux d’entendre la voix de notre fille, de partager un moment de bonheur simple.

-« J’aime le matin. Juste pour ça. » Murmura-t-il à mon oreille.

Il m’embrassa, se leva et s’habilla rapidement, afin d’aller voir Renesmée. Je le rejoignis quelques secondes plus tard, quand j’entrais dans la pièce, il était assis dans le rocking-chair qui était dans ma chambre auparavant. L’enfant était dans ses bras, ils ne se parlaient pas, ils profitaient juste de ce court instant qui n’appartenait qu’à eux, leur moment de complicité père-fille.

J’aimais les observer, voir la tendresse dans les gestes d’Edward, ses yeux pétillants de joie. Et chaque matin, je remerciai la vie pour ces deux merveilleux êtres qui comptaient plus que tout.

Je m’assis sur l’accoudoir, caressait la joue de ma fille

-« Bonjour ma chérie. Tu as bien dormi ?

-Oui maman.

-Tu viens, on va voir le reste de la famille. Elle hocha la tête et vint se blottir dans mes bras.

-On va laisser à Alice le soin de t’habiller. » Dit mon mari tout en me faisant un clin d’œil.