Avertissement: Ce qui suit est purement fictif. Enfin presque...! ^^

Je n’ai pas encore ouvert les yeux que dès lors, le Big Band de Duke Ellington semble avoir élu domicile au fond de ma boite crânienne. « Toum toudum, toum toudum, toum toudum, toum ! » Par pitié, faites que ça s’arrête !! Pourquoi ai-je mal au crâne déjà ? Ah oui ! Hier soir j’ai vidé une bouteille de Moët avec … Avec qui ??

J’ouvre les yeux, soudain prise de panique ! Où suis-je ? Qu’ai-je fait hier soir ? J’examine le décor qui m’entoure. Les draps dans lesquels je me trouve, nue, à ma grande stupéfaction, sont d’un blanc immaculé. En fait, tout est blanc dans ce vaste espace. Murs, moquette, sofa, rideaux de tulle. Blanc, blanc, blanc ! Je suis dans un loft. Mais le loft de qui ? Et où ? C’est pas vrai ! Je n’aurais jamais dû boire autant hier soir ! Le champagne me donne mal aux cheveux ! Même le bon champagne, et celui d’hier était sans conteste excellent ! Excellent champagne = gueule de bois quatre étoiles garantie !

Je souffle et me redresse péniblement dans ce lit king size - qui peut avoir besoin d’un lit aussi grand entre nous ? Dehors, le soleil est déjà haut dans le ciel. J’entends des mouettes, surement en train de se chamailler pour un bout de poisson. Je suis donc au bord de la mer. Ca ne m’avance pas trop, quand on sait que je vis à Nice. Je peux donc me trouver n’importe où sur  la Côte d’Azur !

Au moment où je m’apprête à m’extirper du lit pour regarder par la fenêtre et me faire une idée plus précise de l’endroit je me trouve, j’entends un bruit à l’autre bout du loft et me fige sur place. Merde ! Je ne suis pas seule ! J’avais espéré que la personne avec laquelle j’ai passé la nuit, quelle qu’elle soit, soit partie travailler ou sortie nous acheter des croissants, ou n’importe quoi qui m’aurait permis de filer d’ici sans avoir à la croiser ! Partie travailler… Mon Dieu ! J’ai un travail moi aussi ! Quelle heure est-il ?? J’empoigne mon téléphone portable, posé à des kilomètres de là sur la table de chevet. 11h02 ! Horreur et damnation ! Je devrais être au bureau depuis au moins deux heures déjà !! Mon boss va me tuer ! Et même sûrement me virer ! Tiens… Etrange qu’il n’ait pas appelé pour me souffler dans les bronches d’ailleurs…

L’écran plat situé de l’autre côté de la pièce s’allume tout seul. Qu’est-ce qui se passe ? Je me suis assise sur la télécommande ? Un nouveau bruit me parvient du fond du loft, que je ne peux pas distinguer car un panneau japonais me cache la vue. Non, pas un bruit. Des sifflements. Mon hôte à l’air d’avoir passé une bonne nuit, lui ! Je perçois également des bruits de vaisselle qui s’entrechoque. Serait-il en train de nous préparer le petit-déjeuner ? Mais je n’ai absolument pas l’intention de m’éterniser ici !! Une voix résonne  alors dans l’appartement : « Et pour terminer le résumer complet de cette dernière journée de Championnat, sachez que l’AS Monaco s’est imposé hier à domicile 3 buts à 1 face à l’AJ Auxerre et finit ainsi la saison à la 9ème place du classement. » C’est à moi qu’il parle ? Pourquoi me parle-t-il de football ? Ah non ! Christian Jean-Pierre ! C’est Christian Jean-Pierre qui parle ! Dans le poste de télévision ! C’est Téléfoot ! On est dimanche ! On est dimanche ?! J’éclate soudain de rire ! On est dimanche aujourd’hui ! Je ne travaille pas ! Je ne suis donc pas en retard !! Ah… Je me sens soulagée d’un poids ! Je m’adosse, sereine à nouveau, contre la tête de lit. Cependant, quelque chose continue de me perturber, mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus.

C’est alors qu’un homme, petit, musclé, mate de peau, le crâne rasé, déboule vers moi, avec pour seul vêtement un tablier de cuistot noué autour des hanches et une spatule à la main.

-          Hola Cariño ! Quieres desayunar ? demande-t-il.

« Cariño ? », c’est à moi qu’il parle ? Je regarde autour de moi. Personne d’autre en vue. C’est à moi qu’il parle.

-          Euh… Oui, merci, réponds-je poliment.

Un sourire aux lèvres, il me tourne le dos et repart vers la cuisine. « Jolies fesses », ne puis-je m’empêcher de penser. C’est alors que des images de bras, de corps et de jambes emmêlés me reviennent en mémoire. Oh mon Dieu ! Je commence à me souvenir. Et je crois que j’aurais préféré l’éviter ! Je me rappelle maintenant ! De l’endroit où je suis, et de ce que j’ai fait cette nuit. Je suis à Monaco. Avec… Je refuse de me remémorer son prénom ! Rien que de penser à ce qui s’est passé hier soir, et probablement cette nuit aussi, me donne froid dans le dos ! Mais j’ai une excuse, j’étais saoule ! Enfin, j’ai deux excuses : j’étais saoule ET j’ai un sérieux penchant pour les mecs, à priori, inaccessibles. Alors hier, quand celui-ci m’a proposée de prendre un verre avec lui, j’ai sauté sur l’occasion ! Et pas que sur l’occasion apparemment… Mais ce matin, à la lumière du jour, les choses me paraissent tout à fait différentes… Cet homme n’a plus rien d’exceptionnel, et la situation plus rien d’excitant. « Je suis venue, j’ai vu, j’ai vaincu », pour reprendre l’expression chère à Jules César et, à présent, je n’ai plus rien à faire ici !

Mais au moment où, une fois de plus, je m’apprête à mettre les pieds hors du lit, le colombien dont je ne veux pas me souvenir fonce vers moi, un verre de jus d’orange à la main. Il me le tend. J’avoue, l’attention est charmante, mais je ne resterai pas pour autant ! Je m’empare du verre et le remercie (« Gracias ») puis il m’informe :

-          Me voy a la ducha ahora pero el desayuno estara listo en cuestion de segundo ! Haz como a casa !, puis il repart.

Je n’ai pas vraiment saisi l’intégralité de ce qu’il m’a dit mais j’ai tout de même de vieux restes d’espagnol qui me permettent de comprendre que, en gros, il va à la douche. C’est l’occasion rêvée ! Je vais pouvoir organiser mon évasion pendant qu’il se savonne le dos ! Et qu’il ne compte pas sur moi pour venir le faire à sa place ! Sobre à nouveau (orchestre de jazz au fond du crâne mis à part) et désormais accessible, je ne lui trouve plus rien d’excitant ! Aussi, il est temps pour moi de prendre la poudre d’escampette !

Je rassemble mes vêtements éparpillés partout autour du lit et les enfile vitesse grand V, et en désordre. Je ne garantie pas le résultat, mais le temps presse ! Où sont mes chaussures ?? Là ! Pas le temps d’enfiler mes chaussettes, je passe mes Converses directement à mes pieds. Je me dirige vers l’entrée, empoigne mon sac à main au passage et « Hasta la vista, Baby ! »