Est-ce le temps ? Est-ce cette ville ? Ou est-ce tout simplement moi ?

C’est l’automne.

Les feuilles commencent à tomber. Le mercure du thermomètre affiche des températures de plus en plus basses, et quand je me réveille, le gel qui recouvre l’herbe de mon jardin n’a pas encore fondu. Un rayon de soleil apparaitra-t-il dans la journée qui lui permettra de retrouver son vert éclatant ?

J’erre dans la maison, une couverture polaire sur le dos, tel un fantôme, un fantôme particulièrement frileux. J’ai froid. L’idée de faire du chauffage alors que l’automne vient à peine de s’installer me déprime, alors j’essaye de me réchauffer comme je peux. Chaussettes polaires aux pieds, couverture sur le dos et tasses de thé brûlant. Quand l’atmosphère de la pièce devient trop étouffante, j’enfile mes chaussons fourrés de laine, réajuste ma fidèle couverture et sors dans le jardin fumer une Vogue.

Première bouffée. Le monoxyde de carbone emplie mes poumons et je me sens sereine à nouveau. La fumée me fait légèrement tousser. Je ne suis pas habituée. Après trois ou quatre bouffées, la tête commence à me tourner, mais la sensation n’est pas désagréable pour autant. Fumer n’est pas une addiction. C’est un plaisir que je m’accorde de temps en temps, au même titre qu’une bonne bouteille de vin ou une boite de chocolats. Je n’ai jamais été accro à quoique ce soit. Enfin, quoique ce soit de consommable… Après avoir tiré une dernière fois sur la cigarette longiligne je l’écrase et remonte dans mon antre, trainant ma mélancolie avec moi.

C’est l’automne.

Et l’automne me rend mélancolique. Ou est-ce une excuse pour justifier d’un malaise plus profond ? Mais quelque malaise que ce soit, il n’empêche que c’est l’automne, et que ça n’arrange rien.

Je regarde les gens passer dans la rue. Ils bougent, leurs bras balancent le long de leur corps, ils mettent un pied devant l’autre, ils sont vivants, mais ils n’en ont pourtant pas l’air. Leur regard est vide, leur visage fermé, dénué de toute expression. Est-ce ce temps ? Est-ce cette ville ? Est-ce moi ? J’ai la sensation bizarre que l’automne fait doucement vaciller la flamme qui brûle en eux. Un coup de vent un peu trop violent et puff !,  elle s’éteint ! Pour peut être ne jamais se rallumer…

Ma flamme à moi vacille dangereusement, je la sens au fond de ma poitrine. Parfois, souvent, elle perd en intensité, et sa chaleur semble m’abonner, me laissant froide, triste, et vide à l’intérieur. Que faire si soudain elle s’éteint ? Comment faire pour la rallumer ? Où trouverai-je la force ? J’essaye de l’entretenir afin qu’elle continue de brûler mais chaque jour, la mélancolie me gagne un peu plus. Finirai-je par ressembler à ces gens dans la rue ? Vivants dehors mais morts à l’intérieur ?

C’est l’automne.

Et pour ne pas sombrer complètement, j’écoute du Jazz. Beaucoup de Jazz. La seule musique qui me réchauffe le cœur. Etrangement, le Jazz ne chasse pas la mélancolie. Au contraire, il en fait quelque chose de plus intense, de plus profond, de presque palpable. Mais au fil des notes saccadées du piano et de la contre basse, alors que ma flamme se met à briller avec plus d’ardeur, la mélancolie cède place à la passion, et à un grisant sentiment d’ivresse et de liberté. C’est ça le Jazz : de la douleur, de la mélancolie, mais aussi un pur moment d’authenticité, un retour au vrai, au beau, au vivant.

Le Jazz est la seule musique qui me fasse me sentir forte et fragile à la fois. Comme-ci, en écoutant du Jazz, je mettais mes sentiments à nu et mon cœur à portée de main. Mais un cœur remplit d’espoir à nouveau, et plus passionné que jamais.

C’est l’automne.

Et pour ne pas ressembler à ces gens dans la rue, pour ne pas me laisser gagner par la mélancolie, pour ne pas laisser ma flamme m’abandonner, j’écoute du Jazz. Parce que pour moi le Jazz est bien plus qu’une musique. C’est un symbole qui me redonne espoir, un trait d’union entre liberté et passion.