Ce sont les joyeux sifflements des oiseaux qui m’ont réveillée. J’ouvre doucement les yeux. Le soleil est déjà haut dans le ciel. Quelle heure est-il ? Onze heures ? Midi ? Que fais-je ici ?

Je me redresse lentement, je tombe de sommeil. Pourquoi ai-je l’impression de ne pas avoir dormi depuis des siècles ? Mes yeux sont encore humides d’avoir trop pleuré hier avant de m’endormir. Ou est-ce la rosée matinale ? Peut être un mélange des deux.

Un frisson me traverse, il fait frais dans cette forêt. Il faut dire aussi que je suis légèrement vêtue. Une nuisette n’est sûrement pas la tenue appropriée pour une ballade en forêt. Mais bon sang que fais-je ici ?!

Je décide de me lever afin de retrouver mon chemin et de rentrer à la maison. Je fais quelques pas. J’aime la sensation de l’herbe fraiche sur mes pieds dénudés. Je n’ai aucune idée du chemin à emprunter. Alors qu’une vague de panique m’envahit à l’idée d’être perdue, une lumière éclatante inonde soudain la sombre forêt dans laquelle je viens de me réveiller. Je me retourne et étouffe un cri de surprise.

Il se tient debout devant moi, ailes déployées. Son costume d’un blanc étincelant crée une aura surnaturelle autour de lui. Il me regarde, un sourire bienveillant sur le visage, apparemment serein, et content d’être là. Mais je peux voir la tristesse au fond de son regard.

- Bonjour, me dit-il.

Trop intimidée, je n’ose pas répondre.

- Sais-tu pourquoi tu es ici ?

Je fais non de la tête. Il acquiesce, et poursuit :

- Tu as beaucoup pleuré hier soir, me fait-il remarquer.

A mon tour d’acquiescer.

Il soupire.


- C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de t’accorder une dernière chance de lui dire au revoir, reprend-il. Vois-tu, lui aussi est ici, dans cette forêt. Tu as jusqu’à minuit pour le trouver et lui dire un dernier au revoir. Après cela, il sera trop tard. Je l’emmènerai avec moi. A tout jamais.


Je n’arrive pas à y croire. Il est ici ? Il est vraiment ici ?! Mais où donc ?! Cette forêt est immense ! Je n’aurai jamais le temps de le retrouver avant minuit ! La panique me gagne, mais au moment où j’ouvre la bouche pour négocier un délai supplémentaire, l’ange disparait. Des larmes me montent dans les yeux à l’idée qu’il est près de moi mais que je n’arriverai peut être pas à temps pour le voir une dernière fois, pour le serrer dans mes bras, pour lui dire que je ne l’oublierai jamais. Mais je n’ai pas de temps à perdre, je dois me ressaisir !


Je me mets à courir comme une folle à travers la forêt, l’appelant, le suppliant de venir jusqu’à moi. Mes pieds écorchés par les pierres et les racines des arbres me font souffrir mais je n’y prête pas attention. Je ne regarde pas où je vais et chute violemment à plusieurs reprises, me blessant ainsi aux mains, aux bras et aux genoux, mais je n’en ai que faire non plus. Je dois le retrouver !

Il fait nuit à présent. L’éclat de la lune est venu remplacer les rayons du soleil. Combien de temps me reste-t-il ? Je suis désespérée, et épuisée. J’ai fouillé cette forêt de fond en comble mais aucune trace de lui. Minuit est sûrement passé. Je l’ai raté. J’ai manqué la seule chance de voir son visage à nouveau. Et son sourire.


Abattue, je m’assois sur la racine d’un arbre. Je ne peux retenir les larmes de désespoir qui emplissent peu à peu mes yeux. Je me prends la tête entre les mains et pleure, pleure à longs sanglots. C’est alors que je sens une main chaude se poser sur ma cuisse. Sa chaleur est réconfortante. Je redresse la tête et ouvre les yeux. Il est là, accroupi devant moi. Il me sourit. Ses cheveux blonds en bataille lui tombent devant les yeux. Je pensais ne plus jamais pouvoir me noyer dans ce regard, si doux et si profond à la fois. Sans dire un mot, il prend ma main et m’aide à me relever. Je me blottie contre lui et inspire profondément afin de m’imprégner de son odeur si familière. Il desserre son étreinte et m’embrasse sur le front. Je sais que c’est la fin. J’ouvre la bouche pour lui dire une dernière fois à quel point il va me manquer mais il pose un doigt sur mes lèvres. « Je sais » soupire-t-il.


Il me tourne le dos et s’enfonce dans les profondeurs de la forêt. Mes yeux se remplissent de larmes à nouveaux mais je les balaye du revers de la main. Je ne veux plus pleurer. Lorsque je regarde de nouveau au loin, il a disparu. Je suis seule. Il est parti…

Tant d’hommages ont été rendus. Tant de larmes ont été versées. Mais oublié il ne sera jamais.

Gone but not forgotten… R.I.P.