Voilà ma participation au défi n°1. Le thème choisi est le 1er, car l'image m'a inspiré une histoire d'amour, mélancolique, plus ou moins en lien avec le temps de l'automne. Je vous laisse lire...

J’étais assise sur une branche, je ne savais même pas quel arbre c’était. Mais ça m’était égal, le fait que ce soit un chêne ou un bouleau changerait-il quelque chose ?

Qu’il s’agisse d’un marronnier ou d’un tilleul, ferait-il que la situation serait différente ?

Non. Les choses étaient telles qu’elles étaient et ne pouvaient changer.

La pluie ne cessait de tomber, ça ne me gênait pas, j’avais l’impression d’occulter tout ce qui se passait autour de moi. Mis à part la pluie, du moins le bruit qu’elle faisait.

Le son des gouttes de pluie sur les feuilles semblait égrener les minutes comme le ferait le tic-tac d’une pendule invisible.

Plic, ploc, plic, ploc…

Depuis combien de temps étais-je sur cette branche, mon cœur brisé, ravalant mes larmes, mais que le ciel versait pour moi. Ressassant les souvenirs de cet amour perdu, trésors de moments de bonheur, désormais passés.

Tic, tac, tic, tac.

J’essayais de lutter contre la remontée à la surface de certains souvenirs, plus douloureux car plus heureux. Je ne pus chasser ce moment de bonheur parfait, envahissant progressivement ma mémoire.

C’était un matin, à l’aube même, au début du printemps, et moi Mayaleïn, petite fée amoureuse devait retrouver mon ami de toujours, mon meilleur ami. Mais mes sentiments avaient changés, je ne le voyais plus de la même manière, alors qu’il me voyait toujours comme sa sœur, comme sa meilleure amie et pourtant…

Ce matin là, nous devions aller récolter du pollen, je devais l’attendre sur la grande branche de l’Aulne, Roi de la forêt, où nous petit peuple de fées Sylvestre vivions paisiblement. Je le vis arriver, tout ensommeillé, les yeux difficiles à garder ouverts, mais de bonne humeur.

Il s’était posé à côté de moi et m’avait pris la main, mon cœur s’était mis à battre plus fort dans ma poitrine. Et nous étions partis accomplir notre tâche, volant dans les rayons du soleil, au lever du jour.

Nous parlions peu, échangeant beaucoup de regards, il prenait ma main dès qu’il le pouvait. Quelque chose avait changé, quelque chose d’invisible s’était produit. Tout dans son attitude, dans ses gestes était différent. Mais je n’arrivais pas à savoir quoi.

Quand le soleil fut levé, il décida qu’il était temps pour nous de faire une pause, il alla s’assoir sur une branche fleurie et me fit signe de le rejoindre. Je m’installais à son côté, il passa son bras autour de mes épaules, mon coeur s’était accéléré, j’avais senti mes joues devenir rouges. Mais par-dessus tout, je ressentais la chaleur de sa peau contre la mienne, tel un incendie me dévorant.

Il s’était rapproché doucement de moi et avait posé ses lèvres sur les miennes…

Plic, ploc, plic, ploc…

Je tentais de repousser mes souvenirs dans les profondeurs de ma tête, j’aurai aimé hurler, évacuer cette douleur. Mais je savais qu’elle serait toujours là, lancinente, tapie dans l’ombre, attendant le moindre signe de faiblesse de ma part pour surgir à nouveau.

Je levais mon visage vers le ciel afin de sentir la douceur de la pluie sur ma peau. J’inspirais longuement, sentant l’air emplir mes poumons. Baissant ma garde, un nouveau souvenir ressurgit de ma mémoire.

Lui et moi. Assis sur une branche, ses bras enlaçant ma taille, ses lèvres picorant mon visage de petits baisers. Nous étions heureux, amoureux, seuls au monde, persuadés que rien ne pourrait nous séparer.

Il faisait beau ce jour là, nous nous étions promenés près de la rivière, volant main dans la main. J’aimais sentir la tiédeur de sa paume autour de ma main, sa façon qu’il avait de glisser lentement ses doigts entre les miens. Nous nous étions arrêtés au bord de l’eau, admirant le paysage, profitant de l’autre, vivant pleinement ces instants de parfait bonheur. Oubliant le temps, la vie qui poursuivait son cours.

Nous nous étions embrassés, encore et encore, chacun s’enivrant de l’odeur de l’autre, savourant le gout des lèvres de l’autre. Cette journée avait été merveilleuse, parfaite, aucun de nous ne pouvait se douter qu’il s’agissait de la dernière.

Notre dernière journée ensembles. Sa dernière journée de vie.

Plic, ploc, tic, tac…

L’averse semblait se calmer, les gouttes de pluie se faisaient plus légères sur les feuilles. Mais mon cœur restait aussi lourd. Je vivais avec mon chagrin, cette sensation de poids, ces souvenirs qui ne demandaient qu’à ressurgir. Je savais que je ne pouvais les chasser, qu’il me fallait vivre avec, m’y habituer, désormais la douleur faisait partie de moi.

Tic, tac, tic, tac…

Dernier souvenir, son dernier souffle, ses derniers mots.

J’étais près de lui, tenant sa main, étouffant ma douleur, pour qu’il ne puisse pas voir de larmes au bord de mes yeux. Je voulais qu’il me voie souriante, telle qu’étais celle qu’il aimait ; mais au fond de moi, je sentais que mon cœur souffrait.

Il souffrait, comme s’il voulait insuffler de la force au sien, pour l’aider à vivre. Vains espoirs, son cœur mourrait. Le mien aussi, de manière différente, mais je savais que notre amour serait toujours vivant. Il serait toujours dans une part de moi-même.

Son souffle était court, les battements de son cœur faiblissaient, je serrais sa main dans la mienne autant que je le pouvais. Je m’allongeais sur son torse, fermais les yeux et écoutais les dernières pulsations de son cœur. Il parvint à murmurer difficilement

-« Je t’aime. »

Et je n’entendis plus rien. Le silence absolu. A l’intérieur, mon cœur se brisait et je soufflais

-« Je t’aime aussi »

Plic… Ploc…

Les dernières gouttes de pluie tombaient, soudain, un rayon de soleil timide perça à travers les nuages.

Je me tournais vers l’astre du jour et le contemplais, un léger sourire apparu sur mon visage, tandis qu’une larme roulait sur ma joue.

Ce rayon de soleil était-il synonyme d’espoir ? J’avais envie d’y croire, je me levais et parti profiter de l’après-midi ensoleillée qui s’offrait à moi. Tout en me promettant de continuer à vivre pour lui.